Une passion : les estampes japonaises. On trouve dans ces œuvres un tel apaisement .
On se laisse glisser et tomber dans un silence froid, raide et sombre. Mais lorsque le premier pas est fait, on se retrouve dans une grande pièce vide, libre. Le froid devient chaleur accueillante, la raideur se fait cocon, le noir se fait duvet de plumes.
Il en est ainsi de bien des œuvres d’art : elles ne représentent rien, mais elles emmènent dans un autre univers. En un mot, elles sont transcendantes. Elles ne concernent qu’un seul sens par leur technique, mais ces œuvres vous font sentir les couleurs aussi bien que les sons. Elles se goûtent, se lisent, se voient, s’entendent, se Vivent.
Led Zeppelin, Over the hills and far away : cette musique commence par un vert Irlande, puis on se sent comme voler au dessus des prairies d’Écosse ou d’Irlande. Lorsque la musique commence à prendre de l’ampleur, tout s’accélère, et un sentiment de puissance s’introduit dans votre pensée alors que vous décrivez des courbes pures dans le ciel, puis vous reprenez la ligne droite pour encore accélérer…
Cet exemple, vécu, est là pour vous montrer que les vraies œuvres d’art dont un monde à part. Sans céder au néo-platonisme ou à la tentation de croire les œuvres d’art immortelles, elles ont ce pouvoir, venu d’ailleurs ? Pourquoi pas. Ce serait une raison de croire que Dieu existe.
Il convient maintenant de devenir plus terre à terre : il existe une différence fondamentale entre l’artiste technicien et le génie.
Le premier se contente de reproduire, avec une touche de génie, mais sans rien ajouter de plus; le génie rajoute ce petit plus qui fait de son œuvre une œuvre transcendantale. C’est ce qui, à mes yeux, définit le génie. Il suffit de comparer Mozart et Salierri pour se rendre compte de cela. Cependant, je ne nie pas que le génie se passe de travail. Loin de là. Mais à la différence du technicien, le génie s’appuie sur le travail sans lui dédier son art.
Ce qui amène une question intéressante : le génie est-il toujours fait d’innovation ou au contraire se nourrit t’il de la tradition artistique ? Je pense que on ne peut y apporter de raison satisfaisante, car il s’agit de l’un et de l’autre : il a toujours existé une parcelle d’art qui a inspiré l’innovation, ne serait-ce qu’une œuvre de la nature.
Car la nature et le hasard sont les deux mains d’un peintre qui nous est inconnu : fruit de la rationalité ou au contraire issu d’une réalité autre ? Je vous laisse le choix.
B.
